Méditation du pasteur Simon Van Der Does
Méditation donnée dans l’église de Bouffémont le mardi 25 janvier 2022, au cours
de la soirée de prière œcuménique.
« Une
étoile dans l’obscurité »
Introduction
Cette année, le texte choisi est celui de Matthieu
2,1-12 et tout particulièrement le verset 2: « Nous avons vu son astre à l’Orient et nous
sommes venus lui rendre hommage ». Cette parole vient de
la part de mages orientaux, les fameux ! Alors ils ne sont ni trois,
ni rois selon la tradition populaire. Mais ils ont rendu hommage à 1 roi,
le seul, l’unique, qui est notre lien aujourd’hui : Jésus-Christ.
Ces mages sont des savants, venant de l’Est
lointain, le bout de la civilisation, le wild wild west, enfin « Est »,
enfin vous m’avez compris, de là-bas. Ce sont des scientifiques, des astronomes,
les Thomas Pesquet de l’époque ! Il faut dire qu’à ce moment-là, l’astronomie
et l’astrologie sont en plein boom. C’est la fascination des
étoiles, le cours régulier des corps célestes. C’est l’ordre de l’univers qui
émerveille. On peut imaginer qu’ils voyaient Dieu dans cet univers ordonné.
Des hommes de sciences et des hommes de foi. Encore aujourd’hui,
qui ne peut s’émerveiller de la nature, du cours bien ordonné, de la
place de chaque élément, c’est Dieu derrière. Et cela est accessible à tous. Dieu
se révèle à nous tous par sa création.
Alors ces mages de l’Orient sont venus, parce qu’il y a
une attente en Israël qui fait frémir le monde. Les gens attendent un
bouleversement, un changement. Il y a des fortes rumeurs que le changement
viendrait de cette petite région reculée qu’est la Judée. Même l’auteur latin Tacite
en parle, Suétone aussi. Tout le monde en parle ! Ce
qui est incroyable c’est que ces mages venus d’Orient sont au courant, eux
aussi. Tout ça c’était 2000 avant notre mondialisation ! Ils n’étaient
pas juifs, ils devaient avoir une connaissance limitée de tout
ça, ça ne devait pas être pour eux, normalement. Pas pour eux…Cela
pourrait être une des phrases qu’on se dit, peut-être inconsciemment : C’est
pas pour eux en priorité… Dieu nous surprend en appelant ces mages
orientaux, des gens du dehors.
Mais ces mages ont étudié le ciel et ont vu un
signe. Ils ont vu l’apparition de l’extraordinaire dans leur ordinaire. Une
grande lumière dans le ciel, dans leur vie. Comme si quelqu’un
avait dit « Aziz, lumière ! » pour ceux qui ont vu le
film le 5e élément. Ils y ont vu l’action de Dieu, comme s’il
faisait irruption dans son monde ordonné avec cet événement astronomique. Pour
des astronomes ça devait être génial de voir Dieu leur parler dans le ciel !
Dieu s’est adressé à des étrangers, dans leur
univers, dans leur monde, avec leur langage. Il s’est adressé à des
scientifiques, fasciné par l’ordre de l’univers, créé par Dieu. Dieu
s’est aussi adressé à nous, dans notre langage : en devenant
homme. La parole de Dieu s’est incarnée, a pris de la consistance. Dieu a
voulu nous parler, et donc il s’est illustré par Jésus-Christ. Tout
ça dans la faiblesse de notre humanité, par un nouveau-né. Surprenant !
Dieu s’adresse à nous dans notre monde, dans notre langage, notre sensibilité, dans
nos différences. Si Dieu s’est adressé à ces orientaux, ne s’adresse-t-il
pas encore à chacune de nos communautés aujourd’hui, avec une sensibilité différente ?
Et en poussant plus loin, qui me paraît comme un « oriental » parmi
nous, aujourd’hui ? Quel regard ai-je sur lui ? Est-ce que je pense :
hmm ça ne devait pas être pour lui.
Il est intéressant aussi dans ce texte d’analyser les
réactions des autres personnes. Hérode le Grand ! Mais qui reste avachi,
qui reste immobile, qui donne ses ordres, qui convoque, qui fait
appeler, qui donne ses instructions. Troublé, scotché sur place par la
nouvelle et qui a peur du changement que cette nouvelle va apporter. Quant aux
responsables juifs, ils sont comme emprisonnés dans leur savoir, une
connaissance biblique qui n’a plus d’effet sur leur vie.
Ils savent les choses, eux
les gens de lettre avec une formation théologique professionnelle. Mais ils
sont mous du genou, ils ne bougent pas d’un pouce. La bonne
nouvelle est restée dans la tête pour eux.
Hérode et les responsables
n’ont pas été voir l’enfant, alors qu’ils étaient tout près. Ce sont les
mages qui sont venus, alors qu’ils étaient loin. Est-ce que je pense
être proche, mais je ne veux pas m’approcher de Jésus ? Par peur d’un
changement ou par un blocage intellectuel ? Est-ce que je me sens loin ?
Même ceux qui semblent loin peuvent s’approcher du roi des rois. La
preuve, il paraît même aussi que des bergers, des gens simples, sales,
solitaires, ont été les premiers à voir Jésus. Tous peuvent venir l’approcher.
Dieu est surprenant, il a pris tout le monde par
surprise avec l’arrivée de Jésus. Déjà par la ville qu’il choisit pour
faire naître son fils, un coin paumé avec juste une poste et un
bar-pmu-boulangerie. Ensuite par la naissance : sa
« star » - son étoile en anglais - naît dans une étable. Il
surprend aussi par l’arrivée des mages, des étrangers, des astronomes.
Et il a dû surprendre les mages dans leur quotidien avec cet astre. Par
l’irruption de l’extraordinaire dans leur ordinaire.
Et il surprendra par la croix : l’impensable,
l’extraordinaire dans notre ordinaire. Ce renversement total, la
victoire de l’amour, du pardon sur la mort, le mal, pour briser le cycle de la
violence. Dieu est surprenant. Sommes-nous encore ouverts à être surpris par
Dieu ? Dans notre ordinaire ?
Ce texte est un récit fondateur, mais ce n’est pas
qu’une belle histoire, une légende, un mythe. Nous sommes ici parce que nous
y croyons. C’est un récit historique : la lumière est venue. L’enfant
est bien né, autour de l’an -5. Un enfant nous est né, le Christ, le
sauveur du monde nous a été donné, à chacun d’entre nous ici présent.
C’est un événement qui vient encore nous percuter, nous troubler
aujourd’hui. Parce que cette naissance, c’est l’extraordinaire dans notre
ordinaire, c’est l’irruption de la lumière dans nos vies, c’est l’espoir.
Alors que nous allons retourner dans notre quotidien
(demain matin), notre semaine froide et peut-être morose, avec des
défis, des difficultés. On peut repenser à ce que signifiait cette
lumière : l’espoir dont on a encore besoin aujourd’hui. C’est pour cela
que les mages ont levé les yeux, de leur laboratoire, peut-être assombri.
Ils ont tourné les yeux vers là-haut en cherchant la lumière. Peut-être quand
on regarde le ciel pendant la nuit, on pourrait croire que l’obscurité a
plus de territoire que la lumière. Quand on regarde notre monde aujourd’hui,
on pourrait croire que la violence, l’hypocrise, la méfiance, le manque de
respect, le mal a gagné. Mais ce qu’on peut voir aussi, c’est toutes ces
petites lumières, ces étoiles, ces astres, non, tout n’est pas noir.
Toutes ces lumières pour illustrer que c’est la lumière, venue avec ce petit
enfant, qui apporte une réponse au milieu des interrogations. Une
lumière qui apporte un cadeau face à l’égoïsme, qui apporte une paix
au milieu des projets de violence, qui apporte la vérité au milieu des
mensonges, qui apporte une grande joie au milieu des incertitudes et de
la peur.
C’est un récit qui nous rassemble parce que nous
pouvons tous tourner les yeux vers la lumière, on est tous dans le même
bateau, avec le même besoin d’espoir. Tous, des mages, aux bergers, en
passant par des scientifiques, des pauvres, des illettrés, des meurtriers, des riches,
des malades, des dirigeants. Même des mages orientaux ont levé les yeux vers la
lumière. Alors, pourquoi pas moi et pourquoi pas mon prochain qui se
trouve sur ma route.
Si le soleil s’éteignait, on gèlerait. Si on
conduisait une voiture la nuit sans les phares on aurait un accident. La
lumière, Jésus-Christ, est venu pour nous donner la vie, pour nous
guider, quand toutes les autres lumières s’éteignent. Il est la seule
vraie lumière.
Conclusion : par quel chemin on
repart ?
Le prêtre de la paroisse de Persan-Beaumont relevait
samedi dernier que les mages sont repartis dans une autre direction, ils
ne sont pas revenus vers Hérode. La rencontre avec Jésus les a fait changer de
direction. Après avoir vu l’astre, avoir rencontré Jésus, l’avoir
accepté dans notre vie, par quel chemin repartirons-nous ? Est-ce
que nous repartons vers nos obscurités, nos anciennes manières de
faire,nos anciens raisonnements qui nous rassurent ? Ou alors par un
autre chemin, celui de la joie profonde, comme ces mages ? Après cette
soirée sur l’unité, par quel chemin allons-nous repartir ? Celui de la crainte,
de la comparaison ? Ou de l’émerveillement de la manière dont Dieu nous
surprend, encore et toujours. Amen.